Chaque année, des centaines de PME décident d’investir dans un nouveau système ERP (Enterprise Resource Planning). Les motivations sont multiples : améliorer la productivité, harmoniser les processus, réduire la dépendance aux outils obsolètes ou gagner en visibilité sur les données de gestion. Pourtant, malgré la promesse de transformation, de nombreux projets échouent à tenir leurs objectifs.
Les études internationales montrent que près de 70 % des projets ERP dépassent les délais ou les budgets, et qu’une part importante n’atteint pas les bénéfices attendus. La cause principale n’est pas la technologie en elle-même, mais l’adoption par les utilisateurs.

Dans une PME, où les équipes sont souvent plus restreintes, polyvalentes et proches du terrain, l’adoption joue un rôle encore plus déterminant. Si les collaborateurs ne se sentent pas à l’aise avec le nouvel outil, ils continueront à utiliser des “bypass” comme Excel ou des procédures manuelles, compromettant la réussite du projet.
Dans cet article, nous allons vous partager quelques retours d’expérience Hargos pour explorer en profondeur les freins, les leviers et les bonnes pratiques pour garantir l’adoption d’un ERP en PME.
Sommaire de l'article
ToggleERP et adoption : une relation de cause à effet
Si vous êtes un habitué des articles Hargos nous espérons que vous avez noté notre conviction profonde qui consiste à insister sur le fait qu’un ERP est bien plus qu’un simple logiciel. En effet, chez Hargos nous considérons que l’ERP est un véritable système nerveux de l’entreprise, qui relie les processus clés : ventes, achats, finance, logistique, production, ressources humaines…
Ainsi, lorsqu’il est bien adopté, l’ERP permet :
- Une vision unifiée des données, évitant les erreurs et les doublons.
- Des décisions plus rapides et mieux informées.
- Une réduction des tâches administratives manuelles.
- Une meilleure collaboration entre services.

Et inversement, lorsqu’il n’est pas adopté par les utilisateurs :
- Les collaborateurs reviennent vers leurs outils habituels (Excel, logiciels maison).
- Les données se fragmentent et perdent leur fiabilité.
- Le projet est perçu comme un échec coûteux.
Prenons l’exemple d’une PME industrielle qui nous a récemment contacté pour les aider à reprendre leur projet.
Plus de 12 mois après la mise en place de leur nouvelle solution ERP, la direction constate que 40 % des collaborateurs continuent à travailler sous Excel pour la planification de production. Résultat : les gains espérés en matière de visibilité et de pilotage disparaissent.
Après une analyse détaillée des process installés, une inspection des choix de paramétrage et un contrôle des choix techniques pris pour adapter la solution, il ressort de cette étude que le problème ne vient pas de l’outil choisi, mais du manque d’accompagnement et d’adhésion des utilisateurs.
Les 5 freins principaux à l’adoption d’un ERP

1. La peur du changement
Un des premiers constats que nous pouvons partager sur les difficultés que nous rencontrons sur les projets ERP est la peur du changement.
En effet, tout changement génère de l’incertitude. Ainsi, dans une PME comme dans une plus grosse société, les collaborateurs sont souvent en poste depuis longtemps, avec des habitudes bien établies.
Passer d’Excel ou d’un logiciel maison à un ERP global peut être perçu comme une perte de contrôle ou une source de complexité. Casser les vieilles habitudes ancrées dans nos esprits depuis si longtemps devient un réel défi et chacun, à titre personnel, doit faire plus ou moins d’effort pour accepter cette révolution.
2. Le manque de formation adaptée
Comme stipulé au paragraphe précédent, un ERP est bien plus qu’une simple solution logicielle.
C’est pourquoi chez Hargos nous attachons une importance particulière à la formation sur les concepts généraux de l’ERP. Grâce à ces échanges nous souhaitons que chaque acteur comprenne les enjeux du projet : qu’est-ce que le MRP, à quoi sert la gestion des lots, pourquoi renseigner des temps de montage, etc ?
Une fois ces sessions maîtrisées, nous illustrons alors nos propos en faisant manipuler l’outil par les utilisateurs sur leur propres cas métier. En effet, nous constatons que trop souvent la formation se limite à des sessions théoriques et parfois trop générales sans partager les process propres au projet qui nous intéresse. Et dans ce cas de figure, les utilisateurs n’y trouvent pas de réponses à leurs cas concrets, ce qui va inévitablement générer de la frustration avant même que la solution ne soit installée.
3. Un ERP perçu comme “imposé” par la direction
Parmi les expériences vécues par Hargos, il existe un autre cas de figure qui peut générer un frein à l’adoption de la solution ERP choisie.
Si le projet est porté uniquement par la direction ou le service informatique, sans impliquer les métiers. Le cahier des charges, la consultation, les démonstrations par les partenaires présélectionnés se sont faites en petit comité restreint autour du comité de direction. Le choix de la nouvelle solution est dans ce cas vu comme une contrainte plutôt qu’une opportunité. Cette perception négative limite l’engagement des équipes.
4. Des processus trop complexes
Un écueil classique que nous rencontrons fréquemment lors des consultations par nos clients qui veulent s’équiper d’un nouvel outil : partager une liste « à la Prévert » des tous les processus existants dans l’entreprise et demander à reproduire ceux-ci dans la nouvelle solution.
Ainsi, nous avons parfois des cahiers de charges (pdf ou Excel) qui font plusieurs centaines de pages et qui décortiquent un à un tous les process à reproduire dans le futur outil que nous proposons. Dans l’absolu, et si on fait abstraction des moyens à mettre en œuvre, Hargos saurait répondre à toutes ces exigences grâce à la puissance de SAP.
Cependant, comme vous le savez déjà, notre ADN orienté PME nous poussera à vous inviter à simplifier l’ensemble des processus pour mieux les intégrer entre eux. En effet, nous voulons absolument éviter que l’outil devienne compliqué. L’objectif d’Hargos est de proposer à ses clients une solution ERP qui simplifie le quotidien des utilisateurs.
5. Le manque d’accompagnement post-go-live
Une fois le projet lancé, certaines entreprises relâchent l’effort. Or, c’est justement après le démarrage que les utilisateurs rencontrent le plus de difficultés.
Le Go-Live doit être une étape dans le projet et non une finalité. Sans support actif, les utilisateurs risquent de décrocher et de délaisser la solution pour reprendre leurs anciennes habitudes.
Les leviers pour réussir l’adoption

Pour transformer l’ERP en véritable moteur de performance, Hargos a donc adapté sa démarche et propose à ses clients d’agir à plusieurs niveaux. Ainsi, grâce à nos nombreuses expériences de projet, nous pouvons vous partager ci-dessous les principaux leviers clés de succès d’un projet que nous avons identifiés :
1. Impliquer tôt les utilisateurs clés
La constitution de l’équipe projet est la première étape et peut-être la plus importante pour tout le reste du projet. Les « champions » ou « super-utilisateurs » doivent être identifiés dès cette phase de constitution de l’équipe.
Leur rôle est clé et ils seront les leaders de demain pour accompagner les utilisateurs dans l’adoption de la solution et des nouveaux process. On va demander à ces « champions » de tester les fonctionnalités, remonter les besoins du terrain et devenir les relais internes du changement. Leur implication crée un effet d’entraînement auprès de leurs collègues.
2. Adapter le discours au public
La communication est l’élément central pour la réussite d’un projet. Celle-ci doit être un sujet de préoccupation quotidien pour tous les managers qui interviennent sur la mise en œuvre de la solution ERP. En effet, si on étudie les projets qui ont moins bien réussi ou qui ont tout simplement raté, on constatera que la communication est l’élément central de l’échec du projet. Ainsi, la communication autour du projet doit être personnalisée et adaptée au public impliqué :
- Pour la direction : mettre en avant le ROI et la gouvernance.
- Pour les managers : montrer l’amélioration du pilotage.
- Pour les opérationnels : insister sur les gains concrets de temps et de simplicité.
3. Former autrement
Tout comme la communication doit être personnalisée, la formation sur le produit et sur les process mis en place doit être pratique, progressive et adaptée :
- Des sessions courtes et centrées sur des cas réels.
- Des tutoriels vidéo accessibles à tout moment.
- La création d’une base de connaissances interne.
- La mise en place de “coachs utilisateurs” dans chaque service.
4. Construire un parcours d’adoption
Comme expliqué précédemment, l’accompagnement ne s’arrête pas au go-live. Il faut prévoir :
- Une phase de préparation (communication, ateliers, formations pilotes).
- Un accompagnement intensif au démarrage (présence sur site, hotline).
- Un suivi régulier dans les mois suivants (enquêtes de satisfaction, mise à jour des supports).
Le client doit également envisager de mettre en place un contrat de TMA ou de support avec son intégrateur pour que celui-ci vous garantisse la continuité de l’équipe lors de cet accompagnement post-démarrage. Chez Hargos, lorsqu’on met en place un contrat de TMA avec un client en production, on s’efforce de conserver les consultants qui sont intervenus sur le dossier.
Cette continuité permet de faciliter et accélérer les échanges : pas besoin de réexpliquer les process, le consultant sait ce qu’il a fait et connait l’environnement du client.
5. Simplifier les processus métiers
Un ERP doit être l’occasion de repenser les processus, pas de reproduire les lourdeurs existantes. L’objectif : simplifier, standardiser et automatiser.
Par exemple, réduire le nombre d’étapes pour valider une commande ou automatiser la génération des factures.

6. Valoriser les “quick wins”
Rien de tel que des succès rapides pour créer de l’adhésion. Exemple : automatiser un reporting financier qui prenait deux jours par mois, ou accélérer la génération des devis.
Ces gains visibles renforcent la motivation des équipes. Il sera également important de mesurer ces gains pour pouvoir les partager avec le management.
7. Assurer un support de proximité
Un support réactif est indispensable pour éviter la frustration. Certaines PME mettent en place des permanences physiques (“open desk”) où les collaborateurs peuvent poser leurs questions. D’autres prévoient une hotline interne ou le maintien d’un consultant sur site dans les premières semaines.
Hargos propose systématiquement sur tous ses projets une période d’hypercare en phase de démarrage. L’hypercare consiste à mettre à disposition tout ou partie de l’équipe Hargos pour accompagner les utilisateurs pendant cette période un peu anxiogène sur une période à définir avec le client en fonction du niveau d’adoption des utilisateurs.
8. Instaurer une gouvernance claire
Un comité projet régulier, incluant direction et utilisateurs, permet de suivre les indicateurs d’adoption (taux d’utilisation, satisfaction, nombre de tickets). La communication transparente autour de ces indicateurs favorise la confiance.
Étude de cas : l’exemple d’une PME industrielle
Prenons l’exemple d’un client Hargos, une PME de 150 salariés spécialisée dans la fabrication de produits industriels.

Contexte :
- L’entreprise utilisait un ERP vieillissant et beaucoup d’Excel.
- Les données étaient fragmentées, ce qui compliquait le suivi des stocks et la planification.
- La direction décide de migrer vers SAP S/4HANA Cloud Public avec Hargos.
Approche d’adoption :
- Dès la phase projet, des responsables d’atelier et de logistique sont impliqués dans les ateliers de conception.
- Des formations pratiques sont organisées directement sur le terrain, avec des scénarios réels (préparation d’une commande, contrôle qualité, réception fournisseur).
- Un “open desk” est mis en place les 2 premières semaines du go-live.
- Un tableau de bord d’adoption suit les tickets et les usages.
Résultats après 6 mois :
- 95 % des processus passent par l’ERP (quasi-disparition d’Excel).
- Les délais de préparation des commandes ont diminué de 20 %.
- La satisfaction des utilisateurs atteint 8/10 dans une enquête interne.
- La direction dispose enfin de données consolidées en temps réel.
Ce cas illustre que le succès ne dépend pas uniquement de la technologie, mais surtout de la façon dont les équipes sont accompagnées.

Réussir l’adoption d’un ERP dans une PME n’est pas une question de chance, mais de méthode.
L’ERP est un outil puissant, mais il ne délivre sa valeur que si les utilisateurs s’en emparent.
Pour cela, il faut :
- Impliquer les collaborateurs dès le départ.
- Former de manière pratique et continue.
- Simplifier les processus plutôt que de les complexifier.
- Valoriser les succès rapides pour créer une dynamique positive.
- Maintenir un support actif après le go-live.
Chez Hargos nous avons compris que la réussite d’un projet ERP ne se mesure pas uniquement en termes de budget ou de délais, mais surtout en termes d’adoption. En d’autres termes : la technologie est l’outil, l’humain est la clé.
Et vous, dans vos projets ERP ou digitaux, quelles sont les initiatives qui ont le mieux fonctionné pour impliquer vos équipes et réussir l’adoption ?
François Lumeau
Co-fondateur d'Hargos, je me consacre à aider les PME à tirer le meilleur parti des solutions SAP. Mon objectif est de comprendre les besoins uniques de chaque client et de leur fournir des solutions sur mesure qui optimisent leurs opérations. Avec une équipe de plus de 20 experts, nous accompagnons nos clients dans leur transformation digitale, en veillant à ce qu'ils atteignent leurs objectifs avec succès.
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